samedi 11 septembre 2010

Enterrer la hache de guerre

Samarogouan 94. Sikarola 95. Mangodara 95. Mangodara 01. Kankounadéni 01. Gogo 07. La liste peut être allongée à souhait. Mais contrairement aux apparences, il ne s’agit pas de célébration de manifestations culturelles ou sportives. Ces dates sont liées à des évènements sanglants. Des conflits entre agriculteurs et éleveurs ont dégénéré et de nombreuses vies humaines ont été emportées. Dans beaucoup de cœurs, les stigmates et les blessures sont encore profondes. Et comme pour ne rien arranger, Perkoura, localité du sud ouest du Burkina entre dans la danse cette année. Tout commence le samedi 24 mai 2008. Aux environs de 18 heures, Sognaté Kodjo Palé, agriculteur, meurt des suites des coups de machettes reçus pendant l’altercation avec des bergers Peuhls. Selon certains témoignages, l’agriculteur serait venu enjoindre aux bergers de s’en aller loin de son champ avec leur troupeau de bœufs qui y avaient pénétré. Face à leur refus d’obtempérer, il aurait menacé, à l’aide d’un gourdin, de s’en prendre à l’un des bergers. Constatant que les choses tournaient plutôt au vinaigre, le second berger vient à la rescousse de son compagnon. C’est ce dernier venu qui aurait assommé l’agriculteur à coup de machettes. Après l’acte, les bergers auraient déserté les lieux, laissant la victime baigner dans son sang. Elle décèdera dans son champ. En représailles, Nihité Palé, le frère du défunt se rend au campement peuhl. Il y tue un vieillard de 60 ans et un jeune gardien de troupeaux. A l’annonce de la mort de l’agriculteur, il y a eu très rapidement une escalade de la violence contre les éleveurs. A la date du 08 juin 2008, le bilan provisoire faisait état de 14 morts dont 02 enfants de 4 à 10 ans. Des corps ont été retrouvés dans des termitières, des puits… Le berger Peuhl et Nihité Palé sont aux arrêts. Cette situation remet la question de la gestion du foncier au Burkina Faso au goût du jour. C’est une véritable poudrière que la Reforme Agraire et Foncière (RAF) n’arrive toujours pas à désamorcer. Certains pays ont sombré dans des violences jamais égalées du fait d’appréciations et de positions rigides par rapport à la question de la terre. Au Burkina Faso, chaque année pratiquement, il y a affrontements entre agriculteurs et éleveurs. Malgré les pertes en vies humaines, les autorités n’arrivent pas encore à trouver la solution adéquate. Conséquences, c’est la logique de la « self justice ». Une justice taillée sur mesure et très souvent expéditive. Les conflits entre agriculteurs et éleveurs sont porteurs de grands dangers pour la cohésion, la paix sociale et les initiatives de développement. Lorsque le ressentiment et la haine envahissent les cœurs, le risque d’embrasement n’est pas loin. Un risque d’autant plus grand que l’une des deux parties en conflit peut se sentir sous-estimée, traitée en « moins que rien »… L’agriculture et l’élevage sont les piliers de l’économie burkinabè. Des conflits, mêmes isolés, entre agriculteurs et éleveurs ne peuvent donc qu’être dommageables pour l’ensemble du pays. Il y a peut-être lieu d’initier des campagnes de sensibilisation à la cohésion sociale (tolérance, actes citoyens de respect de l’autre et de la loi). Ceux qui enfreignent à la loi doivent être punis. Autrement, c’est la porte ouverte à l’injustice et aux règlements de comptes systématiques. Il faudrait également songer à des mécanismes d’alerte précoce. Les zones sont identifiées. Et les périodes connues. Un travail peut donc être fait en aval comme en amont afin de prévenir, ou à tout le moins, de gérer rapidement le conflit avant qu’il ne prenne des proportions incontrôlables et inconciliables. C’est une question de forte volonté politique car malgré les interventions (parfois après coup) des autorités étatiques, les massacres continuent de plus belle. La stabilité du Burkina Faso qu’on se plaît à chanter peut être mise à rude épreuve si elle n’est pas entourée de garde-fou. Force doit donc rester à la loi. Le Burkina Faso a opté d’être un Etat démocratique. A ce titre, les libertés individuelles et collectives sont garanties par la Constitution. Tout Burkinabé doit pouvoir donc être chez lui partout au Burkina, sans distinction aucune d’ethnie, de religion, d’opinion politique. Agriculteurs et éleveurs ne doivent plus se regarder en chiens de faïence. Il faut établir un dialogue franc entre eux pour aplanir les divergences. La hache de guerre enterrée, ils pourront alors fumer le calumet de la paix au grand bonheur de tous !

Arsène Flavien BATIONO bationoflavien@yahoo.fr


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