Exigence de charité
« Homo homini lupus ». L’homme est un loup pour l’homme. Cette assertion n’a jamais été aussi vraie que dans la présente civilisation marquée par la barbarie, la montée de l’intolérance, du fondamentalisme, du fanatisme et l’exacerbation de l’égoïsme. Les valeurs morales s’effritent comme des châteaux de cartes au profit de l’argent, du pouvoir et du sexe. La société de consommation érige en modèles des pratiques aux antipodes des règles élémentaires du savoir vivre et du savoir être. Tout ceci abouti à un spectacle des plus tristes avec des scènes itératives de brutalité. Il semble que le monde soit comme un champ de bataille, où, de part et d’autre, les hommes ne pensent qu’à s’entre-détruire et à se perdre. Ils y emploient tout. La force ouverte et les violences. Les intrigues et les cabales secrètes. La malice et la médisance. Le mensonge, les trahisons et les plus indignes perfidies. Les passions prenant le dessus, les sentiments de charité ou même d’humanisme sont, bien souvent, étouffés dans les cœurs. A présent, les hommes, comme des loups ravissants, ne cherchent qu’à surprendre leur proie et à la dévorer. Un monde durable ne peut être bâti sur des fondations aussi vermoulues. La vocation première de l’Homme à l’image de son créateur Dieu, étant l’amour, la charité doit être une quête permanente. Une main secourable tendue à un frère désemparé, un repas chaud à un mendiant, un toit à un « clochard », ce sont-là quelques signes du monde nouveau, du monde plus beau dont Saint Paul a fait le rêve. L’humanité a grandement besoin de charité. Pour l’harmonie. Pour la symbiose. Pour la cordialité. Pour la paix. Parmi les trois vertus théologales que sont la Charité, la Foi et l’Espérance, la charité est de loin la plus grande et celle par laquelle on aime Dieu par-dessus toute chose pour Lui-même, et son prochain comme soi-même pour l’amour de Dieu. Dire que la charité est une vertu théologale, c’est reconnaître que la charité a Dieu lui-même pour objet. C’est à la fois l’amour que Dieu donne à l’homme et l’accueil que l’homme fait de cet amour. La charité se résume en un seul et unique commandement : aimer. Aimer, c’est accepter de s’oublier pour l’autre. Pour ce faire l’un des paradigmes de la charité pourrait bien être celui-ci : « Aimer mon prochain dans Dieu, pour Dieu, et comme Dieu l’aime : l’aimer dans Dieu, en sorte que Dieu soit le principe de ma charité ; l’aimer pour Dieu, en sorte que Dieu soit le motif de ma charité ; l’aimer comme Dieu l’aime, en sorte que Dieu soit le modèle de ma charité ». L’exercice de toutes les vertus est animé et inspiré par la charité. Celle-ci est le "lien de la perfection" (Col 3, 14). Jésus fait de la charité le commandement nouveau : "Voici mon commandement : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés" (Jn 15, 12). Mais en ces moments de « vie chère », la charité n’est certainement pas la chose la mieux partagée au Burkina Faso. L’OCADES Caritas Burkina estime par contre que c’est le moment d’agir. D’aller vers l’autre. Non pas dans un esprit de supériorité ou pour faire étalage de ses richesses de façon ostentatoire, mais dans la fraternité, dans l’élan d’un cœur pur et désintéressé. En ce début de saison hivernale, les paysans sont plus que soucieux parce que la campagne écoulée a été relativement désastreuse. Les réserves de céréales ont été vendues pour survivre face aux effets de la crise alimentaire. Pour la campagne à venir, il y a apparemment une lueur d’espoir. Le gouvernement entend en effet investir 20 milliards FCFA dans le soutien aux agriculteurs pour la production de 4 millions 232 mille tonnes de céréales et 600 mille tonnes de coton. Le riz devrait connaître un accroissement de 100% et le maïs, 17%. Si de tels résultats étaient atteints, ils permettraient de réduire significativement la facture actuelle d’importation de riz, estimée à 40 milliards de F CFA/ an. Mais tout dépendra de la qualité et de la régularité des pluies. Il faut éventuellement se préparer à faire face à des cas d’inondations comme il s’en produit chaque fois depuis quelques années maintenant. La charité doit être omniprésente. Chacun à son niveau peut contribuer par une parole, par un geste ou un don à mettre du baume au cœur de son prochain. A lui redonner envie de vivre. A éviter qu’il ne se résigne à être une épave ou une loque humaine. Ainsi que Mère Théresa le disait souvent, il ne faut pas fermer les yeux sur la « misère du monde ».Le Pape Benoît XVI lui-même fait de la charité, une priorité. L’intitulé de sa dernière encyclique est évocateur : « Deus caritas est ». Dieu est charité. Il est amour. La charité ne peut donc pas rester désoeuvrée. Elle doit nous pousser à procurer le salut et le soulagement aux autres. Le devoir de la charité consiste précisément à faire aux autres ce que l’on voudrait raisonnablement qu’ils nous fassent. Faisons-nous vraiment pour notre prochain ce que nous voudrions qu’il nous fasse ? Dans sa Première lettre aux Corinthiens (13, 1-7), Saint Paul nous répond : "J’aurais beau parler toutes les langues de la terre et du ciel, si je n’ai pas la charité, s’il me manque l’amour, je ne suis qu’un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante…"
Arsène Flavien BATIONO bationoflavien@yahoo.fr