samedi 11 septembre 2010

Mgr Manfred SCHEUER, Evêque d’Innsbruck : « L’Eglise du Burkina est jeune, dynamique et vivante ! »

Monseigneur Manfred SCHEUER est Evêque du diocèse d’Innsbruck depuis décembre 2003. Il a connu trois prédécesseurs que sont Mgr Paulus RUSCH, Mgr Reinhold STECHER et Mgr Alois KOTHGASSER. Le 15 juillet 2009, nous avons eu un entretien avec Mgr Manfred à son Evêché. Pendant près d’une heure d’horloge nous avons parlé de l’Eglise, des actions de charité, de l’importance du partenariat, de promotion intégrale de la femme… Mgr Manfred est un homme de Dieu très ouvert et très accueillant. Malgré son agenda surbooké, il a tenu à nous recevoir parce qu’il a une haute opinion de la communication et parce qu’il est convaincu que le partage d’expériences est toujours mutuellement bénéfique. Il a répondu à nos différentes questions avec beaucoup de perspicacité tempérée quelques fois d’un bel humour. Mgr Manfred connait bien le Burkina qu’il a visité à deux reprises. Il entretient également d’excellentes relations avec les plus hauts responsables de l’OCADES Caritas Burkina. Pour cette interview, nous avons bénéficié de l’excellente collaboration de Mme Verena EGGER, Chargée de Projets à Caritas Innsbruck.
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Monseigneur Manfred SCHEUER est Evêque du diocèse d’Innsbruck depuis décembre 2003

Excellence Mgr Manfred, en plus d’être Evêque d’Innsbruck, vous êtes l’Evêque de la Caritas autrichienne. Comment est structurée cette Caritas ?

La Caritas autrichienne comprend une structure centrale qui se trouve à Vienne dans la capitale autrichienne et une Caritas diocésaine dans chacun des 09 diocèses de l’Autriche. Chaque Caritas diocésaine est autonome mais son action est appréciée par la structure centrale dont le rôle est d’aider les Caritas diocésaines en veillant à la coordination de leurs interventions. Chaque Caritas a un Secrétaire Général pour les affaires intérieures et un autre pour les affaires extérieures. Il y a parfois de petites contraintes mais dans l’ensemble la structure centrale et les Caritas diocésaines travaillent dans une belle synergie !

Qu’en est-il à présent de Caritas Innsbruck ?

Caritas Innsbruck a une très longue tradition. Au début, elle travaillait à redonner aux enfants et aux familles démunies un nouveau chez-soi. Aujourd’hui, Caritas Innsbruck est engagée pour la cause des personnes handicapées, celles qui consomment la drogue… Une maison d’accueil a été ouverte pour les enfants qui ne peuvent plus vivre avec leurs parents (raisons sociales, violence …). Caritas Innsbruck possède de nombreux points de consultation : cas sociaux, problèmes juridiques, violences faites aux filles ou aux femmes enceintes,…Caritas Innsbruck est également en coopération avec des organisations similaires par exemple celles qui travaillent avec les personnes sans abri. L’aide internationale de Caritas Innsbruck est orientée vers des pays de préférence, qui sont en Afrique, le Burkina Faso et le Mali. C’est important d’élargir nos horizons pour voir un peut au delà de nos frontières. Pour nous, c’est un enrichissement qui dure depuis 4 décennies et qui s’inscrit dans la logique du donner et du recevoir. Chaque année, il y a une action d’échange avec deux personnes de nos pays de préférence.

Vous avez visité à deux reprises le Burkina Faso. Que retenez-vous de ce pays et de son Eglise ?

Je me suis effectivement rendu par deux fois au Burkina Faso. J’ai découvert un peuple travailleur et une Eglise très jeune et vivante en liturgie et en proclamation. En Europe, l’Eglise est souvent fatiguée, trop sérieuse et traditionnelle. Pour moi, c’est toujours un grand cadeau de voir l’église en mission avec dynamisme et force. Au Burkina Faso, cela est visible à Pâques et aux différentes fêtes chrétiennes avec les nombreux sacrements d’enfants et d’adultes. Je suis très content avec les financements de projets pour la promotion de la femme, pour l’accès à l’eau potable, pour les greniers de prévoyance…J’ai eu l’immense honneur d’inaugurer le siège du Secrétariat Exécutif Diocésain de Dori de l’OCADES Caritas Burkina et la ferveur des populations était très touchante.

En mars dernier, le premier voyage du Pape en Afrique a suscité une vive polémique à travers le monde en ce qui concerne ses déclarations sur la lutte contre le VIH-SIDA. Quelle lecture en faites-vous ?

C’est un problème de médias européens. Ils ont voulu instrumentaliser les propos du Pape à des fins inavouables. L’interview s’est faite pendant son vol vers l’Afrique. Au tout début, le Pape a situé toute l’importance de l’action de l’Eglise en direction des malades du SIDA en partant de l’exemple des Camiliens et de St. Egide. J’ai moi-même été à Rome où j’ai écouté le rapport de St. Egide. L’aide de l’Eglise est énorme. En réalité, ce qu’il faut retenir de la position du Pape, c’est que les condoms peuvent banaliser la sexualité et contribuer ainsi à une propagation à grande échelle de la maladie. Il faut davantage insister sur l’éducation car la sexualité est avant tout une question de responsabilité personnelle.

Dans sa dernière encyclique publiée en juillet 2009 et intitulée Caritas in Veritate (l’Amour dans la Vérité), le Pape Benoît XVI soutient que « l’humanisme qui exclut Dieu est un humanisme inhumain ». A son avis, Le développement a besoin de chrétiens qui aient les mains tendues vers Dieu. Comment accueillez-vous cette 3è encyclique après Deus Caritas Est (Dieu est Amour) Spe salvi (Sauvés dans l’Espérance), dans un monde en crise ?

L’analyse du pape est très juste et elle s’inscrit parfaitement dans la crise que le monde entier traverse actuellement. En Europe, cette encyclique a donné lieu à différentes interprétations. Certains, sans doute par limite ou par haine ont parlé d’un monologue du Pape. Mais en réalité, cette encyclique est très bien pensée. Le Pape y prône un humanisme chrétien, reposant sur l’éthique et la communion. L’encyclique dénonce les travers du capitalisme exacerbé et très libéral dont la caractéristique fondamentale est la course effrénée vers l’accumulation. Dans ce système, la personne humaine a peu de valeur. Dans cette encyclique, le Pape interpelle le monde sur les grands défis futurs qui sont l’alimentation, l’accès à l’eau potable, la lutte contre les changements climatiques, etc. Le pape est très concret. Il demande un investissement éthique à travers par exemple l’octroi de micros crédits, et une prise en compte de la dignité de la personne humaine. Le Pape critique les entreprises américaines qui n’ont pas réservé de moyens pour le traitement de maladies en Afrique. L’Encyclique Caritas in Veritate doit donc faire réfléchir. La justice et le bien commun doivent être au centre de nos préoccupations. Tout homme doit faire une option préférentielle pour les pauvres en se faisant l’avocat des personnes démunies. C’est à cela que le Pape nous invite.

Vous parlez de dignité de la personne humaine. Justement dans ce sens, l’OCADES Caritas Burkina consacre son année 2009 à la Promotion Intégrale de la Femme. L’objectif est d’accompagner les femmes pour leur permettre de jouer un rôle social de plus en plus visible au Burkina Faso. Que pensez-vous d’une telle initiative ?

C’est un très bon choix car le Pape a écrit qu’il faut encourager les femmes en Afrique, et œuvrer à préserver leur dignité au niveau économique en leur octroyant des micros crédits, en veillant sur leur santé, leur éducation... En Europe, la situation est quelque peu différente mais le combat se poursuit. En général, les femmes sont engagées sur plusieurs fronts (politique, social, économique, religieux)… Elles jouent un important rôle. Toute initiative tendant à l’amélioration de leurs conditions de vie ne peut alors qu’être soutenue. Et c’est en cela que le choix de l’OCADES Caritas Burkina est pertinent. Dans l’Eglise en Europe les femmes sont présentes mais pas à des niveaux décisionnels. Elles font la catéchèse et assistent les prêtres au cours des célébrations. Je souhaite que plus de femmes s’intéressent à la théologie à l’image de celles qui le font présentement à Innsbruck. Chez nous, la question de la promotion de la femme se pose également. Par exemple, le débat se mène beaucoup sur le thème de la possibilité de l’ordination des femmes.

Mgr, vous êtes un grand sportif. Vous êtes notamment un adepte de Ski. Parlez-nous un peu de cette passion.

(Rires) Oui. J’aime bien pratiquer le sport. J’aime surtout faire du ski en hiver et gravir les montagnes en été. Ce lundi 13 juillet 2009, j’ai gravi 3700 m de montagne. C’était autant fatiguant qu’intéressant. Vous savez, le sport joue un important rôle dans l’épuration et dans l’équilibre psychoaffectif d’un individu. Grâce au sport, vous pouvez retrouver votre calme intérieur. Il vous permet aussi d’avoir de nouvelles idées, de prendre un nouveau souffle. Pendant le sport, il se produit un détachement entre le corps et l’âme. Cela est très important. Le sport a une dimension éthique. Il peut aider au développement de la personnalité, tout en créant des liens très forts entre diverses collectivités !

Interview réalisée à Innsbruck par :

Arsène Flavien BATIONO

bationoflavien@yahoo.fr

Avec la collaboration de :

Verena EGGER

verena.egger@dioezese-innsbruck.at


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