G8 : Que de belles déclarations d’intentions !
Le 34è sommet du G8 s’est tenu du 7 au 9 juillet 2008 à Toyako, sur l’île d’Hokkaido, dans le nord du Japon. Le G8 ou groupe des huit rassemble les huit plus grandes puissances économiques du monde ou considérées comme telles. Il s’agit des États-Unis, du Japon, de l’Allemagne, du Royaume-Uni, de la France, de l’Italie, du Canada, et de la Russie. A eux seuls, ces pays représentent plus de 61% de l’économie mondiale. Cette année, le sommet s’est ouvert par une « Journée Afrique ». Les Chefs d’Etat d’Afrique du Sud, d’Algérie, du Sénégal, du Ghana, de la Tanzanie, du Nigeria, de l’Ethiopie et le Président de l’Union Africaine, Jean Ping y étaient pour aborder la délicate question de l’aide au développement. Au terme du sommet, le G8 s’est accordé un délai de cinq ans pour débloquer 60 milliards de dollars en vue de lutter contre les maladies infectieuses en Afrique. Mais ce nouvel engagement laisse de nombreux observateurs sceptiques au regard des expériences passées. En effet, en 2005 au sommet de Gleneagles en Ecosse, le G8 s’était engagé à porter son aide de 25 à 50 milliards de dollars de 2005 à 2010. L’année dernière à Heiligendamm en Allemagne, le groupe avait promis 60 milliards supplémentaires pour combattre le Sida, la tuberculose et le paludisme sur le continent noir. Mais entre la promesse et la matérialisation, l’écart est astronomique. Certaines ONG comme OXFAM annoncent que ces promesses n’ont même pas été tenues à 15%. Malgré ce constat, les dirigeants des nations les plus puissantes du monde se fixent une nouvelle échéance dans leurs relations avec l’Afrique. Tout ce remue-ménage fait penser à un marché de dupes dont l’objectif est d’endormir les consciences des Africains afin de mieux les maintenir dans le cercle vicieux de la pauvreté. Tous comptes faits, le sommet du G8 aura quand même eu un avantage. Si les Africains ont demandé avec insistance aux pays les plus riches du monde de tenir leurs promesses, ceux-ci leur ont également enjoint de tenir les leurs. En effet, il est de notoriété publique que chaque année les pays pauvres, d’Afrique notamment, reçoivent des milliards pour financer des projets de développement. Mais très souvent, cet argent n’est pas utilisé à bon escient. Il sert plutôt à entretenir le clientélisme, la corruption à financer des rebellions ce qui engendre la chienlit, le désastre sur le continent. Les dirigeants africains sont donc interpellés sur la saine gestion des finances publiques, sur la traçabilité de l’aide, sur leur responsabilité morale et politique tout court. S’il y a une autre leçon que l’Afrique doit tirer du G8, c’est celle selon laquelle aucune aide n’est désintéressée. Dans le monde actuel, les Relations Internationales sont contingentes. Tout est conditionné. Demander aux puissances économiques du monde d’augmenter leur aide au développement en faveur de l’Afrique, c’est implicitement s’engager à assurer dans les mêmes proportions les intérêts de ces nations. Dans la configuration actuelle du monde, surtout au niveau politique, la bienfaisance est de plus en plus rare. L’Afrique représente aujourd’hui un enjeu important surtout avec la crise pétrolière. Il y a de grands producteurs sur le continent (Nigeria, Afrique du Sud, Tchad, Algérie, Gabon, Libye…) Selon certaines prévisions, dans les années à venir, l’Afrique pourrait fournir jusqu’à 30% des besoins mondiaux en pétrole. D’où la cour assidue dont le continent est l’objet de la part de L’Europe, des Etats-Unis et surtout des dragons asiatiques, la Chine en tête. C’est la realpolitik pure et dure. Dans ce cas de figure, pas de place pour les enfants de chœur. Plutôt que de toujours tendre la sébile, avec le risque de l’humiliation et de la méprise, la nécessité s’impose à l’Afrique de penser par elle-même son développement. La main qui reçoit n’est-elle pas toujours en dessous de celle qui donne ?
Arsène Flavien BATIONO bationoflavien@yahoo.fr